Niamey, 4 décembre (ANP) – Au Niger, la prévalence globale des violences basées sur le genre (VBG) au cours de la vie est de 29,0%, soit respectivement 38,2% chez les femmes et 16,3% chez les hommes, selon une étude sur l’ampleur et les déterminants des violences basées sur le genre réalisée en 2021.
Cette étude précise que le cadre familial est le principal lieu de production comme en témoignent les statistiques suivantes : 1,7% de femmes ont subi un acte de viol au cours de leur vie contre 0,1% des hommes ; 5,1% de femmes ont subi une agression sexuelle au cours de leur vie contre 1,8% des hommes ; et concernant les agressions physiques, 11,8% des femmes ont subi une agression physique au cours de leur vie contre 3,3% des hommes.
Les causes des violences familiales sont multiples : la grande différence d’âge entre époux ; le rapport de pouvoir (Mari et Femme) ; l’absence de loi spécifique contre les VBG ; le manque d’effectivité d’application des lois existantes, mais aussi la faible mise en œuvre des programmes et politiques de renforcement de la citoyenneté et d’autonomisation des femmes.
Et parce qu’au Niger les violences conjugales sont les plus répandues à l’égard de la femme, avec une femme sur trois qui en souffre, des ONG et autres Associations féminines en font le combat de l’élimination ou tout au moins de leur réduction au quotidien.
L’ONG « Chroniques Juridiques », une plateforme citoyenne animée par la juriste et ancienne DG de l’Agence Nigérienne de Lutte contre la Traite des Personnes, Mme Gogé Maimouna Gazibo, s’est illustrée ces dernières années par ses efforts en faveur de la lutte contre les violences psychologiques qui ont plus d’impact sur la femme que les violences physiques.
Pour la Coordinatrice de cette ONG, qui rappelle que les violences conjugales ne se résument pas seulement à « quand l’homme frappe son épouse », mais telles qu’elles sont définies par les Nations Unies et l’article 222 du Code pénal nigérien qui précisent qu’elles englobent aussi les coups et blessures volontaires, la privation d’aliments, la violence psychologique, la stigmatisation, les insultes et bien d’autres, « les violences psychologiques, les privations alimentaires causent plus de dégâts que les violences physiques ».
Cependant, explique-t-elle, « les violences ne sont pas que conjugales car la femme nigérienne souffre et quand on dit violence conjugale, on prend une petite portion des femmes mariées mais qu’en est-il des veuves avec tout ce qu’elles subissent comme violence de la part de la belle-famille que ce soit au moment de l’héritage, au niveau de la garde d’enfant ou comment accéder à ce que le mari a laissé », s’est-elle interrogée.
Pour la juriste et défenseure des droits humains, « le fait d’empêcher une personne de se soigner, de s’alimenter ou bien le fait juste de traumatiser psychologiquement la personne est une violence », fait-elle comprendre, évoquant également les cas des petites filles victimes d’excision, celles à qui on refuse le droit à l’éducation et celles qui sont introduites dans la prostitution de force.
Par conséquent, insiste-t-elle, « si on veut protéger la femme nigérienne, il faut aller au delà de la définition de la violence conjugale qui est simplement vue comme une violence physique que le mari exerce sur sa femme, car il y a des cas de violences plus brutales telle que l’expulsion des femmes âgées par leurs maris, et qui se retrouvent souvent dans la rue, exposées à toute sorte de dangers que « Chroniques juridiques » traite fréquemment ».
Par contre, fait savoir la juriste, « au Niger, on estime que la violence se résume à quand quelqu’un te porte la main et là aussi à condition que ça laisse des blessures. Les femmes ne saisissent le plus souvent la justice ou les services de police et de gendarmerie pour violences conjugales que quand la violence a été telle que l’impact est visible et que le médecin refuse de fermer les yeux ».
Et même si les ONG et Associations de défense des droits des femmes s’intéressent à leurs cas et au fait de ne pas dénoncer, « elles disent qu’elles pèsent le pour et le contre de la situation car partir au commissariat signifie mettre fin au mariage et la famille n’est toujours pas prête à les accueillir une fois divorcées ».
Sur les causes de ces violences conjugales, la responsable de « Chroniques juridiques » table sur le manque de communication, le problème d’éducation et les pesanteurs socioculturelles car « quand une femme se marie, on lui dit toujours d’être soumise alors qu’on ne dit pas au mari qu’on ne discipline pas une femme par les coups mais par le dialogue. Pourtant on a appris à l’homme que la femme doit être soumise, qu’elle n’a rien à dire, que son avis ne compte pas ».
Aussi, suggère-t-elle, « de la même manière qu’on va dire à la femme d’être tolérante, soumise et respectueuse envers son mari et sa belle-famille, il faut également rappeler à l’homme qu’il doit la nourrir, la soigner, la protéger, la sécuriser et surtout qu’il n’y a aucune adéquation entre l’amour et les violences ».
Le fait est qu’on observe une contradiction de nos jours : « c’est un homme qui ne nourrit pas, qui n’habille pas, qui ne loge pas, qui ne protège pas qui veut une femme soumise », dénonce-t-elle, soulignant que « ce n’est pas aux femmes qui, en réalité, se prennent en charge qu’on doit demander d’être soumises ».
Selon elle, « la soumission de la femme est généralement naturelle ».
Pour lutter contre ce fléau, informe Mme Gogé, « Chroniques Juridiques oriente le plus souvent les victimes vers les services de protection de la gendarmerie ou de la police et généralement on insiste beaucoup sur le fait qu’elles doivent dénoncer cet acte car notre mission c’est d’amener la société à comprendre que quand ça dysfonctionne dans un couple, la violence ne peut pas rétablir les rapports ».
Seulement, regrette Mme Maimouna Gazibo, dans cette lourde tâche, « Chroniques Juridiques fait face quotidiennement à des cas d’agressions verbales par les maris qui nous envoient des messages, certains se déplacent jusqu’à notre siège pour nous demander de ne pas nous mêler de leurs problèmes même dans les cas où les femmes sont battues à mort ».
DBZ/KPM/ANP-030 Décembre 2025








