Par l’Envoyé spécial de l’ANP Mahamane Sabo Bachir
Niamey, 16 Janvier (ANP)- Le marché moderne Elhadj Mahamidou Almou de Tahoua, inauguré en 2021, se veut être un moteur de développement économique de la ville, mais aussi un centre pourvoyeur d’emploi, notamment pour les jeunes.
Bâti sur le site de l’ancien marché, au centre de la ville, le nouveau complexe commercial s’étend sur une superficie de 3,49 hectares.
Véritable joyau architectural et social, aux allures imposantes et modernes contrastant ainsi avec les marchés traditionnels. Avec des mûrs teintés en rouge, ornés par endroits avec des lignes horizontales grisâtres, ce marché apparaît comme une large structure parfaitement cubique.
Construit avec des matériaux solides et des finitions modernes, il reflète la volonté de l’État nigérien de moderniser ses infrastructures urbaines.

À l’intérieur, le marché offre une atmosphère animée et colorée, avec des boutiques bien aménagées et des espaces de vente bien organisés.
Les visiteurs peuvent découvrir une variété de produits locaux et importés, notamment des tissus, des épices, des fruits et légumes, des appareils électroniques…
Sa création vise à créer de l’emploi et à booster l’économie locale, rappelle Attaher Dogo Ismaël, son administrateur délégué.
« C’est vraiment un marché qui répond aux normes internationales. Il vise à mettre le citoyen lambda exerçant une activité commerciale dans une situation confortable et sécurisée pour exercer son activité », souligne-t-il dans une interview avec l’envoyé spécial de l’ANP.
Ajoutant : ce marché est d’un grand apport dans l’économie locale, à travers notamment les fiscs et les taxes prélevées sans avancer des chiffres, tout en reconnaissant que pour le moment, cette mobilisation n’est pas très au stade souhaité. Cependant, il se réjouit du fait que ce centre constitue un lieu qui rassemble des milliers de commerçants de la ville à un seul emplacement, alors que ces derniers étaient auparavant dispersés dans la cité.
Des 1317 boutiques construites, plus de 800 sont occupées et génèrent des retombées aussi bien pour les caisses de l’Etat, mais aussi pour les commerçants.
Selon M. Attaher Dogo Ismaël, ce marché continue à attirer des commerçants, même si beaucoup restent réfractaires au changement. « La masse commerçante était au départ réticente, mais nous avons fait un travail dur pour en arriver là où nous sommes aujourd’hui », explique-t-il.

Sa stratégie d’attraction des commerçants vers ce nouveau centre repose sur plusieurs piliers, parmi lesquels, il y a la réduction des frais de location des boutiques.
« A notre arrivée, les commerçants ont demandé une réduction des tarifs de location des boutiques, l’actuel Gouverneur leur l’a accordée. Cette réduction est de l’ordre de 20 à 40% ; malgré tout ça, vous voyez qu’il y a certaines boutiques qui sont inoccupées », fait savoir l’administrateur délégué.
Détaillant : « Le marché est construit avec un niveau à l’étage et les commerçants ne sont pas habitués à exercer leurs activités en hauteur. Ceci contribue au fait que certaines boutiques sont toujours inoccupées. Face à cette situation, nous mettons en œuvre une politique qui consiste à faire des secteurs sur étages les lieux les plus animés.’’
‘’Pour ce faire, nous avons placé les revendeurs et réparateurs des téléphones à l’étage [cette activité étant l’une des plus sollicitées par les clients, ndlr] », ajoute-t-il.
« En plus de cela, nous avons sectorisé le marché en fonction des activités qui y sont pratiquées. Nous en avons un pour les produits alimentaires [céréales, pâtes, huile, sucre…) ; un pour les produits de beauté, un pour les friperies ; un pour les téléphones et accessoires ; un pour les fruits et légumes, un pour les bouchers et un autre pour les produits divers », explique-t-il toujours sa stratégie d’attraction.
Cette offre tarifaire est jugée abordable par la communauté des commerçants.
Dans le secteur réservé aux vendeurs d’articles vestimentaires, Mourtala Harouna, un jeune de 23 ans détient une boutique de vente de vêtements pour hommes, boutique d’une dimension d’environ 5 mètres sur 4.
Nous l’avons trouvé en train de placer des articles sur des étagères du nouvel arrivage. La majorité des vêtements proposés dans cette boutique sont des fringues qui sont à la mode dans le pays. Des jeans ‘’slims fits’’ délavés, d’autres modèles des jeans appelés localement ‘’déchirés’’, des t-shirts multi colorés, certains avec des effigies des célébrités américaines (rappeurs, acteurs de Hollywood…) et des modèles, tenues de bureau.

Mourtala loue la pièce à 20. 000 francs CFA. Selon lui, « ce tarif n’est pas élevé », car « on arrive à s’en sortir ». Cependant, « si on peut avoir une réduction de plus, nous en voulons », dit-il en riant, comme s’il veut cacher sa gourmandise pour les profits.
Aux pieds des escaliers menant aux quartiers de vente des appareils électroniques, dominés par le négoce des téléphones portables, Saratou Adamou est propriétaire d’un micro-restaurant qu’elle a installé sur une petite parcelle d’espace appelée communément ‘’étalage’’.
Elle propose à ses clients des spécialités gastronomiques locales : du haricot au riz ; du riz au gras avec de la sauce de tomate un peu piquante garnie avec de la viande de bœuf ou encore des pâtes alimentaires qu’on peut commander avec l’une de ses multiple sauces ou pour bien pour agrémenter d’autres plats principaux, comme le riz ou le haricot au riz.
Dans un brouhaha fait des claquements des assiettes lavées au niveau de la vaisselle, des couverts des personnes déjà servies assises sur des bancs en bois ou encore des plaintes des clients qui s’impatientent dans la queue, la jeune Saratou donne son appréciation de la gestion du marché, notamment en ce qui concerne les frais de location.
« Mes activités se passent bien et j’arrive à tirer mon épingle du jeu, je rends grâce à Allah », déclare la vendeuse. La location de son étal est censée lui coûter la somme de 5.000 FCFA par mois. Mais, selon elle, l’administration prend de moins en moins cette somme avec elle.
« Officiellement, cet étalage a été donné en location en raison de 5.000. Mais au lieu de ça, les agents collecteurs prennent avec moi juste 1.000 à 2.000 en moyenne chaque deux semaines. Et s’ils ne trouvent pas d’argent disponible avec nous, ils nous accordent un nouveau délai », témoigne Saratou. « L’administration est vraiment très souple avec nous », apprécie-t-elle.
A l’autre bout des escaliers, les boutiques situées à l’étage sont d’une apparence plus sublime. Faites des façades vitrées, avec des éclairages plus lumineux et éclatants, ces boutiques alignent esthétique intérieure, dimensions spacieuses et emplacement aérés.
Près de chaque rangée de boutiques, se trouve un balcon. Ces loggias donnent accès à une vue panoramique de la ville s’étendant sur des contrées lointaines de la cité. Ce coin du marché est dominé par le commerce des appareils électroniques, ainsi que les étals des réparateurs de cette catégorie de marchandises. Dans les allées, comme dans les boutiques, des clients se bousculent pour accéder à ces marchandises ou pour avoir les services de maintenance.
Ici, comme ailleurs, la bonne entente entre les commerçants et l’administration du marché est chantée sur toutes les lèvres.
Abdoul Malick Elhadj Saley, est le président du syndicat des commerçants de la ville de Tahoua. A ce titre, il coordonne les actions syndicales des opérateurs économiques de ce marché.
Selon ce représentant des commerçants, il existe un très bon rapport entre ses collègues et l’administration du centre.
« Notre syndicat est représenté au sein de ce marché par 16 délégués syndicaux qui s’occupent, chacun, d’un secteur d’activité dans ce marché. Cette organisation nous permet d’être très proche des commerçants, et cela crée aussi un contact facile entre ces derniers et l’administration en charge de la gestion du marché ». Ce témoignage concorde bien avec celui du gestionnaire en chef du centre.
« Le rapport entre l’administration et les commerçants, je peux vous dire qu’il est très bon. Au moins deux (2) fois par semaine, je fais un tour dans le marché pour voir ce qui va bien et ce qui ne va pas. D’ailleurs même avec les délégués syndicaux, nous avons de très bons rapports », se réjouit M. Attaher Dogo Ismaël.
Côté salubrité, « Nous avons un service d’hygiène qui est très efficace, qui balaye le marché 6 /7. Il commence de la fermeture du marché, jusqu’à minuit. Je suis personnellement ces opérations et nous avons un agent au poste de Chef service et sécurité et c’est à sa présence que tout se fait », fait-t-il valoir.
« Effectivement que vous pouvez trouver certains couloirs sales, car certains commerçants utilisent les boutiques non encore prises en location comme toilettes, alors que nous avons suffisamment de toilettes dans le marché : c’est vraiment un problème de mentalité, et nous sommes en train de le combattre », déplore l’administrateur.
« Je fais le tour des beaucoup de marchés de ce pays et j’ai remarqué que c’est le marché le plus propre. Par exemple, vous n’allez pas voir des dépotoirs ici, car nous évacuons les ordures chaque soir, en raison de 6 jours par semaine. Le service d’hygiène compte une vingtaine de personnes », ajoute le gestionnaire principal du marché.
MSB/CA/ANP 063 Janvier 2026








