N’Guigmi, 30 juin (ANP) – Après l’étape de Mainé-Soroa, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, chargé des Relations avec les Institutions, M. Alio Daouda, a poursuivi ce mardi 30 juin 2026 sa mission de travail dans la région de Diffa en mettant le cap sur le département de N’Guigmi, à l’extrême Est du Niger.
Cette tournée, qui s’inscrit dans le cadre des visites d’inspection des juridictions et établissements pénitentiaires relevant de la Cour d’Appel de Zinder, vise à évaluer le fonctionnement des services judiciaires et pénitentiaires, à apprécier les conditions de travail des acteurs de la justice ainsi que les conditions de détention des personnes privées de liberté.
Accompagné du Gouverneur de la région de Diffa, le Général de Division Mahamadou Ibrahim Bagadoma, et d’une importante délégation composée de responsables centraux du ministère, le Garde des Sceaux a été chaleureusement accueilli à son arrivée par le Préfet du département de N’Guigmi, entouré du Secrétaire général de la Préfecture, de l’Administrateur délégué, du Conseiller du Conseil consultatif de la Refondation (CCR), des responsables départementaux des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), des cadres techniques ainsi que d’une population fortement mobilisée pour lui réserver un accueil enthousiaste.
La première étape de cette visite a conduit le ministre à la prison civile de N’Guigmi où il a effectué une inspection détaillée des installations avant de poursuivre sa mission au Tribunal d’instance de la localité.
Au niveau de la maison d’arrêt, le régisseur, le capitaine Mamane Issaka, a présenté un exposé complet sur la situation de l’établissement.
Créée dans les années 1950 et rénovée en 1997, la prison civile de N’Guigmi dispose d’une capacité théorique de 90 places, réparties entre un quartier pour hommes majeurs, un quartier pour femmes majeures et mineures ainsi qu’un quartier réservé aux mineurs garçons.
Cependant, cette capacité est aujourd’hui largement dépassée. Au 30 juin 2026, la prison héberge 344 détenus, soit près de quatre fois sa capacité normale.

La population carcérale est composée de 313 hommes majeurs, 14 femmes majeures, 15 mineurs garçons et 2 mineures filles. Parmi eux, 31 sont condamnés tandis que 313 sont en détention préventive. L’établissement compte également 33 détenus étrangers, dont 18 Tchadiens et 15 Nigérians.
Le régisseur a également indiqué que «les détenus bénéficient quotidiennement de trois repas».
Malgré ces efforts, a-t-il poursuivi, la prison fait face à «d’importantes difficultés, notamment la surpopulation carcérale, les maladies infectieuses favorisées par la promiscuité, le manque d’infrastructures sanitaires adaptées ainsi que l’insuffisance des équipements médicaux».
Parmi les défis majeurs évoqués figurent notamment le rehaussement du mur de clôture, la pose de fils barbelés pour prévenir les évasions, la construction d’une nouvelle fosse septique, la réalisation d’une infirmerie, le renforcement des équipements médicaux, le traitement contre les moustiques ainsi que la mise en place de formations professionnelles destinées aux détenus afin de favoriser leur réinsertion sociale.
Au Tribunal d’instance de N’Guigmi, le ministre de la Justice a ensuite tenu une importante séance de travail avec les magistrats, les greffiers et les différents acteurs de la chaîne judiciaire.
Dans son intervention, le Garde des Sceaux a rappelé que «cette mission s’inscrit directement dans la mise en œuvre de la lettre de mission confiée par le Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, laquelle met un accent particulier sur la réforme de la justice, l’amélioration du traitement des dossiers judiciaires, la promotion des modes alternatifs de règlement des conflits, le renforcement de la transparence judiciaire, l’amélioration des capacités des acteurs ainsi que la protection des droits humains».
Selon le ministre, ces orientations ont été traduites dans le Plan d’action prioritaire 2025-2027 du ministère de la Justice, structuré autour de quatre axes stratégiques destinés à améliorer durablement les performances de l’administration judiciaire.

Face aux nombreux dysfonctionnements constatés sur le terrain et aux nombreuses plaintes enregistrées au niveau de la Chancellerie, le ministre a insisté sur «la nécessité d’une profonde amélioration de la qualité du service public de la justice».
« Il est nécessaire de prendre des mesures appropriées pour remédier aux insuffisances constatées dans un esprit de responsabilité et de compréhension mutuelle », a-t-il déclaré.
Le ministre a particulièrement insisté sur le traitement diligent des dossiers judiciaires, invitant les magistrats à respecter les délais raisonnables, à rendre les décisions dans les meilleurs délais et à renforcer la célérité de la justice.
Il a également rappelé que «l’indépendance de la magistrature constitue un principe fondamental qui doit toujours s’exercer dans le respect des obligations professionnelles et des exigences du service public».
Le Garde des Sceaux a, en outre, exhorté les magistrats à entretenir des relations professionnelles harmonieuses avec les Forces de Défense et de Sécurité, les auxiliaires de justice ainsi qu’avec les justiciables, tout en veillant au respect scrupuleux des règles d’éthique et de déontologie.
Abordant la question de la gouvernance interne des juridictions, le ministre a insisté sur la tenue régulière des assemblées générales, rappelant qu’il s’agit d’une «obligation légale prévue par les textes régissant le fonctionnement des juridictions et non d’une simple recommandation administrative».
Les échanges ont également porté sur le contrôle hiérarchique, la gestion des ressources humaines, les rapports entre les différents acteurs judiciaires ainsi que les difficultés liées au manque de personnel et aux insuffisances des moyens matériels.
Face à ces préoccupations, le ministre a instruit les responsables concernés à engager les actions nécessaires afin d’apporter des solutions adaptées à court, moyen et long termes.

Il a, par ailleurs, demandé à l’administrateur délégué de N’guigmi de procéder à la mise en place effective des commissions de surveillance des établissements pénitentiaires afin d’améliorer les conditions de détention des personnes privées de liberté.
Au terme de cette rencontre, le ministre a procédé à la remise officielle d’un important lot de circulaires portant notamment sur le contrôle des juridictions, le respect du secret de l’information, les mesures alternatives à l’incarcération, l’interdiction de pénaliser les affaires civiles ainsi que la lutte contre la corruption. Ces documents sont accompagnés du Plan d’action prioritaire 2025-2027 du ministère de la Justice, appelé à servir de feuille de route pour l’ensemble des juridictions du pays.
À travers cette tournée dans la région de Diffa, commente-on, le ministre de la Justice entend insuffler une nouvelle dynamique de gouvernance judiciaire, fondée sur la proximité, l’écoute des acteurs de terrain, le renforcement de la performance des juridictions et l’amélioration des conditions de détention, conformément à la vision des plus hautes autorités de la République en matière de refondation de la justice nigérienne.
AOM/SML/ANP/Juin 2026









