Par Abdoul Rahamane Maman Ousman, ANP Diffa
N’Gourti (Diffa), 6 juillet (ANP) – N’gourti, cette métropole du Nord-Est du Niger riche en pétrole n’est accessible à partir de N’guigmi qu’après de 3 à 4 heures d’horloge au bout d’une piste de l’enfer.
En effet, le trajet long d’environ de 130 kilomètres est un véritable chemin de croix qui met en épreuve les hommes et les machines : cahots interminables, embourbements, crevaisons, pannes mécaniques, etc. Ici, se déplacer, c’est s’éprouver.
« Le plus grand problème de notre population en ce moment, c’est l’inaccessibilité de la ville de N’Gourti, surtout à partir de N’Guigmi qui entrave l’essor de l’économie locale et l’accès aux services publics’’, diagnostique le préfet le capitaine Issoufou Karaou.

Cet isolement constitue une hypothèque pour le développement de la zone : faible valorisation d’importants potentiels pastoraux, difficultés d’approvisionnement, faible accès aux services sociaux de base….
La construction en cours de l’hôpital de district de N’Gourti constitue, certes une avancée importante pour l’amélioration de l’offre de soins et du renforcement des infrastructures publiques mais son utilité se mesurera à l’accessibilité dans une zone où les populations sont dispersées et les distances sont longues.
« Nous avons besoin d’une route goudronnée pour sortir durablement de l’enclavement. C’est une nécessité pour la santé, l’éducation, l’administration, le commerce et le développement de notre département », plaide le préfet Issoufou Koraou.

L’officier lance un appel aux autorités nationales, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux acteurs du développement à accorder une attention particulière à cette revendication des populations de N’Gourti.
« La population attend beaucoup de cette route. Nous lançons un appel aux plus hautes autorités du pays afin que la construction de l’axe N’Guigmi–N’Gourti soit considérée comme une priorité ».
N’Gourti présente de potentiels importants dans les échanges entre les zones pastorales, les marchés de la région de Diffa et les espaces frontaliers. Mais ce potentiel reste fortement limité par l’insuffisance des infrastructures routières et la difficulté d’accès au chef-lieu départemental.
L’économie locale repose largement sur l’élevage et les échanges, le désenclavement routier apparaît comme une condition essentielle pour transformer les potentialités locales en véritables opportunités de développement.
La dégradation de cette voie affecte directement la mobilité des personnes, l’acheminement des marchandises, l’accès aux soins de santé, à l’éducation, aux services administratifs et aux marchés, note-t-il.

Sur cet axe, les véhicules ‘’naviguent’’ sur une piste sablonneuse et accidentée, où les passages difficiles sont nombreux. Les automobilistes sont souvent contraints de réduire considérablement leur vitesse, de contourner les zones ensablées ou de s’arrêter pour faire face à des crevaisons et à diverses pannes mécaniques.
« Pour parcourir une centaine de kilomètres, il faut parfois trois à quatre heures de trajet. C’est une route très difficile, avec des secousses permanentes, des crevaisons presque inévitables et des pannes fréquentes », a expliqué le préfet.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour les malades évacués vers N’Guigmi ou Diffa, les femmes enceintes, les élèves et étudiants en déplacement, les opérateurs économiques, les transporteurs ainsi que les services techniques et administratifs appelés à intervenir dans le département.
N’Gourti, rappelle-t-on, est une localité saharo-sahélienne de la région de Diffa, située dans une vaste zone à dominante pastorale, aux confins des espaces désertiques du nord-est du Niger.
En effet, le département se caractérise par l’immensité de son territoire, la dispersion de ses populations et la prédominance d’un mode de vie largement fondé sur la mobilité pastorale. Les données démographiques disponibles indiquaient déjà une forte progression de la population de N’Gourti, passée de 21 045 habitants en 2001 à 51 767 habitants en 2012.
Les estimations administratives plus récentes situent sa population à plus de 70 000 habitants, traduisant l’importance croissante de ce département dans l’organisation territoriale de la région de Diffa.
La population de N’Gourti est composée principalement de communautés nomades et semi-nomades, notamment les Toubous, les Arabes et les Peuls, auxquels s’ajoutent des communautés haoussa, zarma et kanouri. Cette diversité humaine constitue l’une des richesses de la localité, où la cohabitation entre communautés, les échanges commerciaux et les solidarités traditionnelles rythment la vie sociale.
Dans cette zone où les conditions climatiques sont souvent rudes, l’élevage demeure la principale activité économique. Bovins, camelins, ovins et caprins constituent à la fois une source de revenus, un patrimoine familial et un moyen de subsistance pour de nombreux ménages.
La transhumance, la commercialisation du bétail, le petit commerce, le transport, l’artisanat ainsi que certaines activités liées aux produits laitiers et à l’approvisionnement des marchés locaux participent également à l’économie du département.
AOM/CA/ANP 057 juillet 2026









