Diffa, 1er juillet (ANP)- Déficit de magistrats, insuffisance des greffiers, manque de moyens matériels, faible couverture territoriale, contraintes sécuritaires dans certaines régions, surpopulation carcérale, complexité de certains dossiers, inadéquation de certains textes, etc, la justice au Niger peine à répondre à sa mission première de protection de l’État de droit et des droits des citoyens.
La mission en cours dans la région de Diffa qui avait conduit auparavant le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, M. Alio Daouda, dans plusieurs juridictions et établissements pénitentiaires du pays, a mis en lumière des nombreux dysfonctionnements de l’appareil judiciaire.
Au quotidien, les juridictions font face au déficit de magistrats, à l’insuffisance des greffiers, au manque de moyens matériels, aux contraintes sécuritaires dans certaines régions, le faible maillage du territoire ou encore la complexité de certains dossiers sans compter l’inadaptation de certains textes.
Conséquences : présomption innocence mise à mal, détention préventive, une exception devenue la règle, surpopulation carcérale, accumulation des dossiers, attente sans fin, sentiment de déni de droit, libertés individuelles en otage….
A titre d’exemple, dans la région de Diffa, à la maison d’arrêt de N’guigmi, la surpopulation atteint près de 400% : la prison d’une capacité de 90 personnes héberge aujourd’hui 344 détenus en majorité des prévenus en attente de jugement.
Plus que des chiffres, ce sont des sorts des dizaines des citoyens qui se jouent, des vies suspendues, des nombreuses familles dans l’incertitude, des justiciables livrés à eux-mêmes….
A l’étape de N’guigmi, le Ministre Alio Daouda a fait observer que les contraintes, aussi réelles soient-elles, ne sauraient conduire à banaliser l’accumulation des dossiers ou la surpopulation carcérale.
En effet, le ministre de la Justice lui-même l’a rappelé avec insistance «la célérité dans le traitement des dossiers, le respect des règles déontologiques, le contrôle des juridictions, la régularité des audiences et le renforcement de la gouvernance judiciaire figurent désormais parmi les priorités du Plan d’action 2025-2027 de son département ».

Ce discours mérite d’être salué. Mais il devra désormais se traduire par des résultats perceptibles sur le terrain.
La réforme de la justice ne saurait reposer sur les seuls magistrats. Elle implique toute la chaîne judiciaire : officiers de police judiciaire, greffiers, avocats, administration pénitentiaire, services sociaux, collectivités territoriales et autorités administratives.
Elle suppose également des investissements importants.
« Construire de nouvelles infrastructures pénitentiaires ne suffira pas si les dossiers continuent à s’accumuler », a affirmé le garde des sceaux du Niger, du haut de ses expériences de magistrat.
Recruter davantage de magistrats ne produira pas tous les effets attendus sans une meilleure organisation du travail.
Multiplier les textes ne sera d’aucune utilité si leur application demeure insuffisante.
La véritable réforme est avant tout une réforme de fonctionnement, de méthodes et de culture administrative.
Elle passe par une meilleure planification des audiences, une utilisation plus systématique des mesures alternatives à l’incarcération lorsque la loi le permet, un contrôle plus régulier des délais de traitement, une numérisation progressive des procédures, une formation continue des acteurs judiciaires et une responsabilisation accrue de l’ensemble de la chaîne pénale.
Au-delà des institutions, c’est la confiance du citoyen qui est en jeu.
Une justice rapide ne signifie pas une justice expéditive. Une justice indépendante ne signifie pas une justice isolée. Une justice crédible est une justice capable de concilier rigueur, humanité, impartialité et efficacité.
Pour le Ministre Alio Daouda, la visite ministérielle dans les juridictions du pays ne doit donc pas être perçue comme une simple tournée administrative. Elle offre l’occasion d’établir un diagnostic au plus près des réalités et d’engager des réponses adaptées.
Selon lui, les défis sont importants. Les attentes des populations le sont tout autant. Le Niger s’est engagé dans un vaste processus de refondation de ses institutions. Cette ambition ne pourra pleinement se concrétiser sans une justice plus accessible, plus diligente, plus performante et davantage en phase avec les exigences d’un État moderne.
Réformer la justice n’est pas seulement une exigence institutionnelle. C’est une nécessité nationale.
Et chaque jour gagné dans le traitement des dossiers est un pas de plus vers une justice qui protège mieux les droits des citoyens, renforce la confiance publique et consolide durablement l’État de droit.
Le Niger compte près de 16.000 détenus en majorité de prévenus répartis dans 41 établissements pénitentiaires.
Dans le cadre de cette mission en profondeur, le Ministre a entrepris des visites similaires à Niamey et d’autres régions du pays.
AOM/CA/ANP 0001 Juillet 2026









