Niger : L’alliance cruciale des imams et des pasteurs pour la paix et la cohésion

Niger : L’alliance cruciale des imams et des pasteurs pour la paix et la cohésion

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      Par Mahamane Sabo Bachir, Agence Nigérienne de presse (ANP)

Niamey, 22 Juin (ANP) –Conférences, prêches, ateliers, médiations/conciliation, missions de terrain, etc, les imams et les pasteurs sont en premières lignes pour la consolidation de la paix et de la cohésion au Niger.

Dans un pays en proie aux violences terroristes ‘’sous couvert de djihadisme’’, le Comité de Dialogue inter et intra religieux (CDIR) fonctionne ainsi comme un mécanisme innovant de consolidation de la paix à travers le dialogue entre les différentes confessions religieuses à forte dominance musulmane.

Cette structure regroupe des leaders religieux de différentes sensibilités prêche la cohabitation pacifique, la promotion des valeurs de paix, de la cohésion sociale du vivre-ensemble au Niger depuis près de 10 ans.

 Le besoin d’un tel cadre multiconfessionnel s’est imposé avec la montée de la ‘’nébuleuse’’ Boko Haram, un groupe se réclamant du courant extrémiste né au Nigeria voisin dans la zone du bassin du Lac Tchad (Est) que partagent le Niger, le Tchad , le Cameroun et le Nigeria.

« Le CDIR, comité de dialogue intra et interreligieux a été créé suite à   l’avènement du Boko Haram ayant pour épicentre  au Niger la région de Diffa. L’exemple a fait tache d’huile dans les autres régions, comme Zinder, Maradi. Agadez  avait un comité de consultation religieuse. Et ensuite, le CDIR a continué, je peux dire, sur l’égide des ONG qui travaillaient dans la région, en l’occurrence, SOS Civisme », relate Révérend pasteur Djergou Baragué, trésorier général national du Comite.

« Le CDIR a ainsi favorisé le rapprochement entre musulmans et chrétiens, mais également entre les différentes sensibilités au sein de chaque confession »,  fait savoir le coordonnateur national de l’association, Cheikh Barham Abouakar Hassimi, un leader respecté  de la localité de Kioto ( Ouest), une place forte de la confrérie Tidjaniya où chaque année des milliers de ‘’pèlerins’’ convergent au cours de la célébration de mouloud ou naissance du prophète de l’islam , Mohamed. 

« Chez les musulmans : sunnites, chiites, tidjanes, Izalas et autres courants disposent désormais d’un cadre de concertation et d’échanges », de même que « Du côté chrétien, catholiques et évangéliques ont également renforcé leurs relations grâce aux activités du Comité », explique-t-il.

Avant tout, la première mission de l’association était  de permettre aux leaders religieux de toutes les confessions de se rencontrer. Bien que les différentes communautés religieuses vivaient en paix, elles avaient rarement l’occasion d’échanger directement, relève le dignitaire musulman. 

« Le CDIR a réussi à créer un climat où un chrétien peut aller naturellement vers un musulman et vice-versa, où les différentes tendances religieuses peuvent dialoguer sans méfiance ».

Cette organisation a fait ses preuves dans le règlement de nombreux dossiers conflits au Niger allant de litiges champêtres, des difficultés de gestions d’autres ressources partagées à l’adoption de certains textes  sensibles.

Par exemple,  lors violences en janvier 2015 au Niger  liées aux évènements de Charlie hebdo ( Caricature du prophète Mohamed), le CDIR s’est le mieux montré « perspicace » dans la gestion des conflits, contribuant à désamorcer la crise.

Cette crise, décrite comme l’une des plus violentes, jamais enregistrées dans le pays visant les  Chrétiens s’était soldée par 4 morts et des dizaines d’églises incendiées et certaines infrastructures (bibliothèques) dans les principales villes, selon un bilan officiel.

« Face à l’escalade de violences, les acteurs religieux se sont fortement mobilisés. Le CDIR a multiplié les interventions dans les médias et sur le terrain afin d’appeler au calme et de prévenir de débordements supplémentaires, se souvient le coordonnateur de l’association inter confessionnelle.

 Malgré les dégâts enregistrés, nous avons œuvré pour préserver l’essentiel : la paix et la cohésion entre les Nigériens », mentionne le  Cheick Barham.

Le Pasteur Baragé pour sa part salue la force du dialogue : « C’est à travers le dialogue qu’on peut trouver une solution à tous les problèmes que nous avons. La violence n’arrange pas. Mais si nous nous mettons ensemble, nous parlons ensemble, alors nous allons comprendre l’idéologie de l’autre. Et lui aussi, il va comprendre notre idéologie. Alors nous allons chercher le mieux pour pouvoir vivre ensemble », indique-t-il.

La gestion par le CDIR de cette crise a rehaussé sa crédibilité auprès des autorités et des partenaires de l’Etat.

Dans le cadre de prévention et de résolution de nombreuses tensions à caractère religieux ou communautaire, l’organisation est intervenue à plusieurs reprises pour expliquer certains textes de loi mal interprétés, désamorcer des crises locales et rapprocher les différentes parties en conflit », affirme Cheick Barham Hassoumi.

« Le Comité a également contribué à la résolution de différends entre communautés religieuses et participé à des initiatives de médiation lors de tensions entre le Niger et certains pays voisins, en maintenant le dialogue entre les dignitaires religieux des différents États ».

Selon le dignitaire musulman, « Chaque fois que les esprits s’échauffent autour de questions religieuses, le CDIR est appelé à jouer son rôle de médiateur et de rassembleur ».

Mieux, l’association pousse la porte des universités, lieux par excellence de bouillonnement intellectuel..

 Le CDIR mène ainsi des actions au sein des universités du pays. Des sessions de sensibilisation ont été organisées notamment à l’Université Abdou Moumouni de Niamey et à l’Université de Dosso.

Ces rencontres ont permis de favoriser le dialogue entre les étudiants et de mettre en place des comités universitaires chargés de promouvoir la tolérance et la coexistence pacifique », egrenne le cheick au nombre des réalisations de sa structure.

Du point de vue du Pasteur Baragé « le CDIR a été créé en quelque sorte pour être le rempart contre des divisions et des querelles religieuses. Et quand on dit intra et interreligieuses, c’est parce que même au sein des grandes communautés religieuses, il y a des divergences. Donc eux aussi, ils ont besoin de s’asseoir ensemble, de discuter ensemble. N’est-ce pas ? Puisque c’est un même Dieu qu’ils adorent pour pouvoir voir dans quelle mesure ils peuvent travailler ensemble ».

Les activités du CDIR sont suivies de près par les autorités étatiques.  

A la haute autorité à la consolidation de la paix (HACP, sous tutelle de la Présidence de la République), l’organisation inter et intra religieuse est vue comme un partenaire fiable.

« Le CDIR est un partenaire crédible pour la HACP, puisque rien qu’au regard de sa composition [Imams et Pasteurs pour la plupart, ndlr], elle rassure et elle montre que ce n’est pas parce qu’on est de religions différentes qu’on est de ennemis », explique Ramatou Ibrahim Yacouba, directrice de prévention et gestion des conflits à la HACP.

« La collaboration entre Imams et Pasteurs est un bon exemple, un témoignage vivant montrant que les gens peuvent appartenir à des religions différentes et coopérer pacifiquement. Cela rend le pays plus agréable et plus propice au développement », estime la directrice, magistrate de son état.

« La HACP, en tant qu’institution qui œuvre pour la consolidation de la paix, est consciente du fait que le registre religieux est vraiment très sensible, raison pour laquelle lorsque des leaders religieux s’associent pour créer un cadre de dialogue inter et intra religieux comme le CDIR, « nous ne pouvons que saluer l’initiative », témoigne-t-il.

MSB/CA/ANP 0217 juin 2026Juin 2026

Contributeurs

Hamza Harouna Adamou
Webmaster


Saley Assane
Redacteur en chef


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