Derrière chaque mot qu’il choisit, il y a une histoire, et derrière chaque silence, une intention. Il s’appelle Hamani Kassoum Himou, mais tout le monde le connaît sous le nom de Jhonel : un prénom né de l’union affectueuse entre John, le nom de son oncle, et Maisel, le surnom qu’on lui donnait quand il était petit. Un artiste qui utilise la langue pour tisser des liens, se raconter et laisser une empreinte. Sa voix nous guide dans un nouveau chapitre du projet moN Italie, un voyage à la découverte de l’Italie à travers le regard et les mots des Nigériens.
Slameur et « poète urbain », Jhonel est l’une des voix les plus reconnaissables de la scène culturelle contemporaine nigérienne. Il parle avec puissance, tel un « griot moderne », capable d’entrelacer l’héritage africain de la narration orale avec la force évocatrice du slam. Sa voix n’est pas seulement une expression artistique : c’est un outil de relation, d’écoute, de construction. Chaque texte naît d’une rencontre, d’une histoire partagée, d’un fragment de réalité qui le traverse. C’est justement cette manière de vivre la parole qui l’emmène souvent loin de chez lui, jusqu’en Italie, où il est depuis des années invité à des conférences, festivals et ateliers.
« Au début, c’étaient surtout les universités italiennes qui m’invitaient. Puis sont venues les ambassades, les centres culturels, les ateliers d’écriture », raconte-t-il.
Quand Jhonel parle de son expérience en Italie, ses mots sont empreints d’affection et de nostalgie. Pour lui, l’Italie n’est pas seulement une étape dans son parcours artistique : c’est un lieu qui vit dans son cœur, une mémoire qui continue de l’inspirer. Naples, en particulier, l’a profondément marqué. Les ruelles étroites, le linge suspendu au soleil, les visages souriants qui vous saluent de loin : tout lui rappelle son pays. Et ce n’est pas une impression passagère : cet écho du Niger, Jhonel l’a ressenti partout, dans les gestes, les ambiances, les habitudes du quotidien qui lui ont fait penser à chez lui. Il y avait quelque chose, dans cette manière d’être ensemble, dans les salutations échangées dans la rue, dans la vie qui circule entre les gens, qui le ramenait à son pays. En Italie, il a retrouvé quelque chose qu’il connaissait déjà.
« L’Italie est un rêve qui revient toute la vie », dit-il, citant la poétesse Anna Akhmatova.
Ce lien a également trouvé sa place à la Maison de la Parole, le centre culturel qu’il dirige, où le slam devient un moyen de raconter des histoires parlant aussi de l’Italie : de sa beauté, de ses parfums, des saveurs à découvrir, mais surtout des émotions qu’elle suscite. La Maison n’est pas seulement un lieu physique : c’est un espace vivant, ouvert, où la parole devient un outil de communauté et d’inclusion. Ici, des jeunes issus de milieux divers trouvent un espace pour s’exprimer et construire de nouvelles narrations collectives, un véritable laboratoire culturel où la parole est au centre de toute relation. Jhonel croit fermement qu’à travers la littérature et la poésie, on peut toucher le cœur des gens et provoquer un véritable changement.
« Je suis slameur, et à travers la parole, nous pouvons porter quelque chose de grand », dit-il avec conviction. Le slam est aussi pour lui un moyen de rendre dignité à ceux qu’on n’écoute pas, de donner forme à ce qui reste souvent invisible.
« Je crois que la littérature — et en particulier le slam — est un moyen de faire voyager un pays, de toucher la sensibilité des gens. »
En effet, parmi les étudiants italiens, l’impact est souvent immédiat. Jhonel évoque avec émotion une visite à l’Université La Sapienza de Rome : quelques jours après, il reçoit des messages d’étudiants qui souhaitent approfondir le slam africain, inspirés par son passage en cours. Et pour lui, c’est là le véritable pouvoir de l’art : susciter la curiosité, ouvrir des chemins, créer des liens.
« C’est cet échange qui m’intéresse : entre pays, entre individus, entre institutions. »
Le slam est bien plus que de la poésie récitée : c’est du rythme, de la présence, une parole qui soigne, accuse, console. C’est un univers créatif où se mêlent musique, performance et engagement social. Jhonel publie des livres, participe à des projets d’inclusion sociale et promeut des espaces d’expression pour les jeunes talents, convaincu que la parole est le moteur d’une transformation profonde. Mais au centre de tout, il y a toujours la voix, la sienne et celle des autres.
À la fin, lorsqu’on lui demande de décrire l’Italie, Jhonel ne cherche pas de définitions complexes. Il choisit trois mots simples, mais pleins de vie : beauté, accueil, rires. Et c’est peut-être là que réside le cœur de son lien avec l’Italie : un pays qui l’a accueilli avec chaleur, qui lui a rendu des émotions, et qui continue de revenir dans ses souvenirs, comme un rêve qui ne cesse de refaire surface.









