Histoire : le Kanen-Bornou à l’honneur avec des boulevards et une place dédiés à Niamey

Histoire : le Kanen-Bornou à l’honneur avec des boulevards et une place dédiés à Niamey

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Niamey, 30 juin (ANP)- L’Administrateur de la Ville de Niamey Col. Boubacar Soumana Garanké a présidé, ce mardi 2026, la cérémonie de baptême de trois boulevards dédiés aux souverains du Kanen-Bornou et une place dédiée à la ville de Garou-Mélé, ancienne métropole de cet empire multiséculaire, plus 1300 siècles de règne.

La cérémonie s’est déroulée en présence des nombreuses personnalités aux sons de Algaita, de Toubal, de Klelili, le tout dans une ambiance embaumée de l’encens, rappelant le savoir-vivre et le patrimoine.

 Des fantasia (camelin et équin) ont dévoilé la maîtrise de ces montures dans cet environnement sahélo-saharien où ces animaux sont à la fois moyen d’apparat, de conquête et de labeur.

Désormais trois boulevards et un carrefour portent les noms des grandes figures qui ont marqué l’histoire du Kanen-Bornou, un espace qui couvrait le Niger, le Tchad, le Nigeria et la Libye et de sa capitale énigmatique Garu Mélé.

  Il s’agit de la rue 170 BF (Banifandou) qui devient Boulevard Mai Idrissa Alaoma, la rue LZ (Lazaret) prend la dénomination Dibalémi Shehu Mohammad Al-Kanémi tandis que la rue 105 (Lazaret) est dédiée au souverain Mai Doumana.

L’intersection du Boulevard Tanimoune et la Rue 170 est baptisée ‘’Garu Mélé’’, une des anciennes capitales du Kanem-Bornou.

Le président du comité d’organisation, M. Mai Manga Boukar a rappelé que ‘’l’aire d’influence de l’empire du Kanen-Bornou s’étend aujourd’hui sur trois régions administratives du territoire du Niger dont Diffa, Zinder et la partie orientale de la région d’Agadez, témoignant ainsi l’empreinte profonde qu’elle a laissée dans l’histoire et l’organisation des sociétés de l’Est et du Sud-Est du pays’’.

L’empire, note-t-on, fut fondé vers le VIII ème siècle, par Sayf b Dhi Zayan, originaire du Yémen selon la tradition, le Kanem, avec comme capitale Njimi, située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de la ville tchadienne actuelle de Mao, qui consolide au fil des siècles sa situation militaro-politique pour devenir, avec l’incorporation du Bornu dans sa zone d’expansion, l’empire du Kanem-Bornu.

Pour ce qui est des souverains dont portent désormais ces places, le premier, Maï Dunama Dibalémi (1210-1248) est connu comme celui qui a porté l’empire à son apogée   car sous son règne, l’empire inspirait à la fois, grandeur, crainte et admiration.

C’est un membre de la dynastie des Sayfawa qui dirigea l’empire du Kanem-Bornu puis celui du Bornu jusqu’au milieu du XIXème siècle. Son règne est marqué par une nouvelle spiritualité, la puissance militaire et la domination politique et sur le premier registre, son fort attachement à l’islam l’emmena à abolir le culte traditionnel du muné  (le fétiche protecteur de la famille royale), et à instaurer en lieu et place un islam d’Etat attesté par le lancement de multiples guerres saintes (jihad),  la  présence de fuqaha (jurisconsultes musulmans) dans sa cour, la construction, en 1242 au Caire, de la madrasa ibn Rashiq pour les pèlerins en provenance du Kanem, le développement de l’enseignement coranique, l’accomplissement par lui-même de plusieurs pèlerinages à La Mecque  et l’envoi d’ambassades dans certaines capitales musulmanes, notamment auprès des Hafsides de Tunis.

Sur le plan militaire, il dote le Kanem d’une puissante cavalerie constituée de milliers d’hommes qui fit de cet empire l’une des plus grandes puissances militaires de son temps, tout le territoire compris entre la Tripolitaine, le Fezzan et les marges du Nil connaissait alors sa domination politique.

Maï Idriss Alaoma(1564-1596),quant à lui, estmembre de la dynastie royale multiséculaire (VIII-XIXème siècle) des Sefawa, qui a dirigé l’empire du Kanem-Bornu puis, à partir du XVème siècle, celui du Bornu, jusqu’au milieu du XIXème siècle.

Sous son règne, l’empire du Bornu avait connu une zone d’expansion, jamais égalée au nord, le Bornu faisait frontière avec le Fezzan, à l’ouest avec l’Aïr et Kano, en passant par le Damargu et le Damagaram, au sud avec le Mandara et à l’est, il englobait une bonne partie du Kanem reprise aux Bulalas.

Cette montée en puissance du Bornu est le fruit à la fois d’une profonde réforme administrative de l’empire, de la présence d’une armée forte, hautement disciplinée et rénovée avec l’introduction d’armes à feu, de la naissance d’une unité d’élite formée par des instructeurs Turcs, du renforcement du rôle et de la place de l’islam qui devient un facteur d’unification au sein de l’empire, d’une diplomatie active.

Ainsi, à sa mort, Maï Idris Alaoma laisse un empire du Bornu puissant, uni, centralisé, craint, respecté, avec une armée restructurée, une administration profondément réformée, une pratique islamique renforcée, un empire ouvert au monde musulman maghrébin et oriental.

L’image que la postérité retient de lui, c’est celle d’un souverain guerrier intrépide reconnu comme le plus grand Maï (roi) que le Bornu ait connu, d’un parfait stratège, d’un pieux, et d’un juste. 

Pour sa part, Shehu Mohammad al-Kanémi (1814-1835), connu aussi sous le nom de Malam Laminu alias Al-Kanémi, a, après des études islamiques, entrepris un pèlerinage à la Mecque.

Suite au décès de son père intervenu en 1790, il s’installe à N’Gala au Bornu, jouissant  ainsi à la fois de la distinction d’un alim de renom, d’un érudit, d’un prédicateur, défenseur d’un « islam pur, loyaliste, d’un diplomate et celle d’un chef militaire valeureux, qui arrive à mobiliser les forces du Bornu dispersées, à regrouper les notables, à recruter des hommes de troupe et  à aider ainsi les Sayfawa, en usant de la force militaire et de la négociation, à reconquérir, en 1808, leur capitale occupée par les jihadistes Peulhs du Bornu au début du XIXème siècle.

En 1814, Al-Kanémi devient le véritable maître du Bornu, fonde une nouvelle capitale, Kukawa.

Pour ce qui est de Garu-Mélé, c’etait l’une des premières capitales du Kanen-Bornou, se trouve à vingt-cinq kilomètres au sud-ouest de l’actuelle ville de N’Guigmi, à environ cinq cents mètres de la route nationale n° 1 (RN1) reliant cette ville à Niamey, et non loin de la rive occidentale du Lac Tchad de laquelle elle est séparée par un cordon dunaire.

Garu-Mélé, note-t-on, fut non seulement un centre politique, mais surtout un espace vivant, un carrefour d’échanges, de circulation des ordres  des biens et des savoirs.

A l’issue de cette cérémonie, la population du Kanen-Bornou a remis au ministère en charge de la culture, les pierres datant du 14ème siècle, avec lesquelles la Cité de Garou-Mélé fut construite, au profit du Musée National de Niamey.

Le sultan de Zinder Aboubacar Oumaroun Sanda, un des parrains de la cérémonie a offert un sabre, symbole de résilience et de combativité à l’administrateur de la ville de Niamey.

DBZ/AS/ANP 0329 juin 2026

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Hamza Harouna Adamou
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