Diffa, 26 juillet (ANP) – Deux ans après l’accession du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) au pouvoir, le secteur de l’élevage dans la région de Diffa enregistre des avancées significatives, malgré les défis structurels et sécuritaires, a déclaré M. Kaka Madou, Directeur régional de l’Élevage, dans une interview accordée à l’ANP.
Dans une région où 95 % de la population tire ses revenus de l’élevage, cette activité constitue « près de 55 % du Produit Brut Régional (PBR) », a souligné le responsable régional, insistant sur l’importance stratégique du secteur.
Avec une superficie pastorale estimée à 6 710 428 hectares, incluant 36 enclaves pastorales, aujourd’hui partiellement inaccessibles en raison de la montée des eaux du Lac Tchad, la région de Diffa reste une zone d’élevage par excellence.
À l’issue de la campagne pastorale 2023-2024, le cheptel régional est estimé à 5 634 225 têtes, toutes espèces confondues, soit 2 608 006 Unités Bétail Tropical (UBT).
Malgré un déficit fourrager de 3 196 534 Tonnes de Matière Sèche (TMS) enregistré au cours de la campagne 2023-2024, la situation s’est nettement améliorée en 2024 grâce à une pluviométrie favorable. La production fourragère s’est élevée à 5 184 924 TMS, générant un excédent de 1 671 678 TMS, au grand soulagement des éleveurs confrontés à l’insécurité et aux conflits récurrents entre usagers de l’espace rural.
Sur le plan sanitaire, le Directeur régional a salué l’organisation de campagnes gratuites de vaccination, couplées au déparasitage. Ces efforts ont permis d’atteindre des résultats records en 2025, avec : 374 559 bovins vaccinés (contre 297 060 en 2024) ; 1 577 222 petits ruminants vaccinés (contre 1 322 480 en 2024) ; 48 136 camelins vaccinés (contre 21 247 en 2024). À cela s’ajoutent 126 978 autres animaux vaccinés contre des maladies spécifiques telles que la pasteurellose, le charbon bactéridien, la dermatose nodulaire ou encore la trypanosomiase, grâce à l’appui des partenaires.
Pour atténuer les effets du déficit fourrager précédent, 3 802 tonnes d’aliments bétail ont été distribuées par l’État sur fonds propres en 2024, complétées par 4 236 tonnes fournies par les partenaires.
En parallèle, une opération de reconstitution du cheptel a permis la distribution de 7 471 caprins, 270 ovins et 42 bovins à des pasteurs vulnérables.
Parlant des Infrastructures et équipements au service de la résilience, M. Kaka Madou a annoncé qu’entre 2023 et 2025, plusieurs infrastructures ont été mises en place pour renforcer la résilience du secteur : 22 points d’eau pastoraux (13 puits, 3 stations de pompage, 2 puits réhabilités) ; 4 parcs de vaccination, 2 cases de santé vétérinaire, 16 blocs d’appui aux bergers (BAB) ;
2 magasins de stockage d’aliments pour bétail ; 1 aire d’abattage, 2 boucheries modernes, une laiterie réhabilitée à Mainé Soroa ; 2 centres d’insémination artificielle à Diffa et Mainé.
La Direction régionale de l’Élevage (DREL) a, selon son responsable, également bénéficié de 5 véhicules, dont un frigorifique, et d’un laboratoire vétérinaire mobile, renforçant ainsi les capacités de suivi sur le terrain.
S’agissant des ressources humaines et accompagnement des éleveurs, la DREL-DA compte actuellement 48 cadres (11 de conception et 37 d’exécution), épaulés par 4 agents contractuels, un Service Vétérinaire Privé de Proximité, et un réseau d’auxiliaires d’élevage.
Des sessions de formation, recyclage et sensibilisation sont régulièrement organisées à l’intention des éleveurs et des comités de gestion (COGES).
Aussi, elle collabore étroitement avec plusieurs programmes et projets partenaires, notamment PRAPS, PRODELAV, ProDAF, PGIP, PACIPA, FSRP-PRSA, FISAN, PNUD, FAO, HCR, PISEN et ProLac.
Malgré ces avancées, souligne le DREL de Diffa, le secteur de l’élevage dans la région fait face à plusieurs contraintes, notamment : l’insuffisance du personnel technique et des équipements ; un parc automobile vieillissant ; la persistance de certaines maladies animales ; une couverture sanitaire incomplète ; un système d’élevage extensif fragilisé par la réduction des pâturages.
Face à cette situation, M. Kaka Madou a lancé un appel en faveur d’une gestion rationnelle des ressources naturelles, exhortant les éleveurs à : adopter les nouvelles techniques d’élevage ; éviter l’automédication ; signaler les cas de maladies animales aux services compétents ; et préserver l’équilibre entre éleveurs et agriculteurs.
« Une gestion apaisée et concertée de l’espace rural est la seule voie vers une résilience durable du pastoralisme dans la région de Diffa », a-t-il conclu.
AOM/AS/ANP 0185 juillet 2025









