Il y a des artistes qui créent des œuvres et d’autres qui créent des espaces, des lieux où les gens se rencontrent, se découvrent et se racontent. Diassibo Tchiombiano, connu sous le nom de Dias, appartient à cette deuxième catégorie. Chanteur, peintre, designer et galeriste, il est une figure centrale de la scène artistique contemporaine nigérienne. Nous l’avons rencontré dans le cadre du projet mon Italie, qui raconte l’Italie à travers les yeux des Nigériens, et à travers son expérience, nous avons vu comment l’art peut tisser des liens entre des personnes et des lieux éloignés.
En 2007, sans aucun soutien des institutions, au cœur du quartier populaire de Dar Es Salam à Niamey, Diassibo a donné naissance à la galerie Taweydo un espace où l’art ne se contemple pas seulement, mais se vit. Un lieu ouvert, inclusif, où chacun peut découvrir le pouvoir de la créativité, expérimenter et transformer son imagination en quelque chose de concret. Taweydo est un laboratoire culturel en constante évolution, où peinture, design, musique et cinéma s’entrelacent, offrant continuellement des occasions de créer des ponts entre les cultures et les générations.
C’est précisément dans ce contexte de dialogue et de partage que, après une longue période de quasi totale suspension des activités culturelles, la rencontre avec l’Ambassade d’Italie à Niamey a ouvert de nouvelles perspectives, apportant un peu d’Italie à la vie culturelle de la ville. « Nous avons projeté des films italiens qui ont passionné le public, et c’est de là qu’est née l’idée des Samedis du cinéma », se souvient Diassibo. Chaque samedi, la galerie s’anime de projections, devenant un lieu où le public peut découvrir des histoires différentes, se confronter à des sensibilités culturelles variées et s’immerger dans le langage universel du cinéma. Ces initiatives ont redonné dynamisme et vitalité à la galerie, la ramenant au cœur de la vie culturelle de la ville, après un moment où Dias avait même envisagé de la fermer.
Mais les initiatives ne se sont pas limitées au cinéma: à l’occasion de la Journée Internationale du Design Italien, la galerie a accueilli des céramiques, des verreries et d’autres exemples d’artisanat italien, témoignant concrètement de la manière dont un pays peut exprimer compétence et passion dans chaque geste créatif. À cette occasion, Dias a également pu faire connaître des talents locaux, donnant lieu à un dialogue direct entre maîtres italiens et artistes nigériens, où le savoir-faire technique et la sensibilité artistique de deux cultures se rencontrent, se reconnaissent et s’enrichissent mutuellement.
Pour Dias, l’Italie est un pays admirable pour sa capacité à unir beauté et fonctionnalité, pour son attention aux détails dans chaque geste et pour avoir réussi à faire de la créativité un élément fondamental de son identité. «Quand on parlait de chaussures, on parlait de chaussures italiennes. L’Italie est profondément liée au cuir et à son traitement. Et pour la cuisine également, on dit toujours que les repas italiens sont parmi les meilleurs d’Europe. Manger italien, c’est manger quelque chose de bon».
Au Niger, il existe une scène artistique vivante, autonome et capable de dialoguer avec d’autres cultures, mais ce que rêve Diassibo, c’est de voir l’art et la créativité correctement reconnus et valorisés. Un rêve qu’il poursuit chaque jour dans sa galerie, où chaque coup de pinceau, chaque atelier et chaque rencontre deviennent un petit pas vers cette reconnaissance.









