Culture : Aïcha Macky et l’Italie : ensemble pour valoriser le cinéma nigérien

Culture : Aïcha Macky et l’Italie : ensemble pour valoriser le cinéma nigérien

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Niamey, 10 nov – Elle dit de ne pas parler italien. «Amore mio!», s’exclame-t-elle en riant, comme pour se moquer d’elle-même, mais derrière ce sourire, il y a bien plus. Il y a Aïcha Macky, une femme qui ne se contente pas de rêver, mais qui construit. Avec des images, des mots, des idées qui naissent à Niamey et voyagent au-delà des frontières, jusqu’à arriver là où elle n’a pas encore pu aller physiquement, mais où ses films l’ont déjà précédée : en Italie. Nous l’avons interviewée dans le cadre de mon Italie, un projet qui rassemble des voix nigériennes pour raconter l’Italie sous une perspective différente.

Aïcha est réalisatrice, productrice, entrepreneuse culturelle. Dès son premier long métrage, L’Arbre sans fruit, son travail a été reconnu à l’international, confirmant immédiatement la valeur de ses histoires et la force de sa voix cinématographique. Elle est la directrice de Tabou Productions, maison de production basée à Niamey, et son énergie semble inépuisable. Le cinéma est sa passion, un moyen de créer des connexions, de raconter des histoires, d’impacter la réalité.

L’Italie pour elle a d’abord été une image sur l’écran, une réalité découverte à travers le cinéma. Des œuvres comme le documentaire Fuocoammare et le film Io Capitano lui ont permis de s’approcher d’une culture cinématographique attentive au récit du réel.

Mais pour Aïcha, l’Italie n’est pas seulement celle qu’elle a connue à travers les films. C’est aussi ce pays qui, grâce au projet IDEE promu par la Cooperazione italiana (AICS), lui a ouvert une porte concrète vers la réalisation de ses rêves. Une opportunité arrivée presque par hasard – ou peut-être pas, car le hasard, on le sait, favorise ceux qui bougent – et qui lui a permis de concrétiser un rêve cultivé depuis des années : créer une plateforme télévisuelle en ligne, entièrement nigérienne, pensée pour produire des contenus locaux, former de jeunes talents, distribuer ce qui reste souvent invisible. Un rêve ambitieux, certes, mais aussi urgent, nécessaire, vital car comme elle le dit elle-même: «Nous pouvons faire des films, mais où les mettons-nous ? Comment les faisons-nous parvenir au public?».

Aïcha a compris que pour faire grandir le cinéma nigérien, il ne suffit pas de créer, il faut aussi former et surtout distribuer. Le projet soutenu par l’AICS – aujourd’hui en cours de réalisation – est bien plus qu’une plateforme : c’est un espace de possibilités, un accélérateur de talents, une vitrine pour des histoires restées trop longtemps dans l’ombre. Et dans cette vision, une place spéciale revient aux femmes, et Aïcha le dit sans détour: «Souvent, nous ne sommes pas sous les projecteurs, surtout à l’intérieur du pays». Donner de la visibilité aux femmes nigériennes, en particulier à celles qui entreprennent, qui construisent, est l’une des missions les plus intimes et puissantes de son travail.

Rien dans son parcours n’a été facile. «Je ne suis pas héritière. Je n’ai pas une famille assise sur une mine d’or», dit-elle avec franchise. Pourtant, au fil du chemin, elle a trouvé des personnes prêtes à écouter, à croire en son projet, et à lui faire confiance.

Aïcha veut former, avant même de produire. Parce qu’un savoir non transmis est un savoir qui meurt. Et elle est convaincue que le vrai héritage ne s’acquiert pas par des prix ou par la renommée, mais par la formation. Elle veut que les jeunes du Niger puissent raconter leurs histoires avec leurs propres moyens, qu’ils aient les outils pour se construire un avenir dans le monde du cinéma. Un cinéma qui ne soit pas une copie de modèles extérieurs, mais une expression authentique d’une culture vivante. Le projet soutenu par l’AICS devient alors bien plus qu’un simple financement. C’est un signe, une reconnaissance, un pari.

Dans son parcours, l’Italie a été une présence silencieuse mais constante : dans les films qui l’ont inspirée, dans les festivals qui ont accueilli ses œuvres, dans les rêves qui ont trouvé une écoute. Quand nous lui demandons ce que ce pays représente pour elle, Aïcha ne parle pas de lieux, mais de sensations. L’Italie, dit-elle, c’est l’accueil. C’est la solidarité. C’est la beauté. C’est l’écoute. Et puis, c’est la musique.

Contributeurs

Abdourahamane Salifou
Administrateur


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