Tahoua, 17 Décembre (ANP) – Située au Centre-Ouest du Niger, la Région de Tahoua couvre une superficie de 113.371 Km2 pour une population estimée à 5.331.129 habitants en 2025. Elle est classée 3ème Région du pays après Zinder et Maradi.
La Ville de Tahoua (Chef-lieu de la Région), communément appelée Capitale de l’Ader, est située à un peu plus de 500 km au Nord-Est de Niamey, la Capitale du pays et à quelque 430 km de la Région d’Agadez. Elle est organisée en deux Arrondissements communaux et fait partie des quatre villes du Niger à statut particulier.
La Région de Tahoua est limitrophe de quatre régions nigériennes : à l’Est par Agadez et Maradi, et à l’Ouest par Tillabéry et Dosso. Elle est frontalière du Mali et de l’Algérie au Nord et de la République Fédérale du Nigeria au Sud. La Région se démarque par ses diversités culturelles, ethniques, religieuses et coutumières.
Depuis le découpage territorial de 2012, la Région de Tahoua est subdivisée en douze départements, eux-mêmes subdivisés en communes urbaines et rurales. Les principaux groupes ethnolinguistiques sont les Haoussas, les Touaregs, les Peulh et les Arabes. Le Sud de la région est relativement humide et fertile, tandis que le Nord est plus sec et plus désertique.
Aussi, Tahoua se trouve à la limite des zones de cultures et de la zone sahélienne où nomadisent les peuls, les touaregs et les arabes au centre d’une région pastorale et agricole dont l’aménagement est poursuivi sur les sites de cultures de contre-saison par les populations nomades sédentarisées à Keita, Bouza, Konni et Abalak.
Située dans le Sahel, la Région de Tahoua connaît un climat tropical avec un hiver sans précipitations et des pluies en été et une courbe de températures caractéristiques en dos de chameau. La plupart des habitants vivent de l’agriculture et de l’élevage, les deux mamelles de l’économie nigérienne.
En outre, les émigrants, notamment la diaspora, contribuent de manière significative à l’essor de l’économie locale par le biais d’importants transferts d’argent. L’histoire de la région de Tahoua est étroitement liée à son importance historique en tant que carrefour stratégique et centre commercial dans la région de l’Ader. Elle est marquée par les migrations des premiers peuples venus du Soudan oriental et une histoire de peuplement diversifié.
L’étymologie du nom « Ader » serait liée à l’eau, au mortier et à la vache symbolisant l’agriculture, l’élevage et le développement de la région. L’agriculture est le principal moteur de développement avec 80% de la population active, avec également des programmes gouvernementaux visant à améliorer les infrastructures de mobilisation des eaux et à soutenir les agriculteurs.
Cependant, l’agriculture est confrontée à plusieurs défis notamment les ennemis des cultures, la pauvreté des sols, la faible mécanisation, l’accès à des intrants de qualité à temps et le faible financement de crédits agricoles.
La région est également un important centre d’élevage avec des programmes visant à soutenir les éleveurs à travers l’alimentation par le bétail, les vaccinations et les suivis réguliers de l’effectif régional du cheptel qui est estimé, en 2025, à 13.259.653 de têtes. L’élevage constitue la deuxième activité principale des populations rurales, 87% d’entre elles le pratiquent de façon exclusive ou secondaire et 20% en vivent exclusivement. Il est également la deuxième source de devises du Niger. En effet, après les industries extractives, pourvoyeur d’emploi avéré, l’élevage apparait comme un véritable outil d’atténuation du déséquilibre de la balance de paiement au Niger.
Facteur déterminant de la sécurité alimentaire et de la lutte contre la pauvreté, l’élevage intervient comme apport, à hauteur de 15% dans les budgets des ménages et 25% à la satisfaction des besoins alimentaires des populations nigériennes. Cependant, il reste tributaire d’une bonne pluviométrie et est confronté ces dernières années au problème récurrent des phénomènes des feux de brousse, surtout au nord de la région.
Tahoua a toujours été un lieu de commerce important, située à mi-chemin entre le Nord et le Sud, ce qui explique son dynamisme économique. L’artisanat est une activité traditionnelle importante avec notamment des bijoutiers, des maroquiniers et cordonniers au centre artisanal de Tahoua qui travaillent avec passion et abnégation, bien que ce secteur connaisse des difficultés de vente.
A Tahoua, le développement des infrastructures, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé, est une priorité avec des investissements dans la construction des salles de classes, des centres de santé et l’amélioration de la couverture sanitaire. Des programmes de formation professionnelle ont été mis en place pour orienter les jeunes vers des métiers qualifiés.
Le tourisme est une activité potentielle, notamment en raison de l’architecture en terre unique de la région, comme les mosquées de Yama. La région de Tahoua est considérée comme une terre d’accueil, avec une forte tradition d’hospitalité.
En ce qui concerne les mines, bien qu’il n’existe encore aucune exploitation minière industrielle dans la région, de nombreux indices de minéralisation ont été identifiés dont les principaux sont le phosphate et le charbon. Le phosphate de Tahoua a été découvert depuis 1966 dans les formations sédimentaires de l’Ader-Doutchi. Les gisements se situent à environ 65 à 85 km de la ville de Tahoua en direction du Nord-Ouest, à proximité des villages d’Aneker, Gaweye, Tawaswas. Une étude menée sur une superficie de 66 km2, a permis d’estimer les réserves à 7.371.812 tonnes. Quant au charbon, il se situe à Salkadamna au Sud-Ouest de Tahoua et à 20 km à l’Ouest de la commune rurale de Takanamatt. Les travaux de reconnaissance du gisement entrepris en 2003, ont permis d’estimer les réserves à 30 millions de tonnes. L’étude de faisabilité pour la mise en exploitation du gisement est en cours de réalisation. Les substances de carrière sont le gypse et le calcaire dont l’exploitation a commencé en 1965 avec la création de la cimenterie de Malbaza, car ces deux substances entrent dans la fabrication du ciment. Les concentrations du gypse sont principalement localisées à Kaou, Keita, Madaoua et Bouza. Les réserves étaient estimées à 2.000 tonnes. Les principales formations du calcaire se rencontrent à Keita (Gradawa) et Malbaza. Les réserves cumulées sont estimées à 20 millions de tonnes.
Par ailleurs, il faut noter que la région compte une deuxième cimenterie à part celle de Malbaza, la cimenterie de Badaguichiri inaugurée en juillet 2023, après un investissement de 259 milliards de FCFA et pour une capacité de production annuelle de 1,65 million de tonnes.

Dans le domaine de l’énergie, la consommation régionale, à l’instar de l’ensemble du pays, reste dominée par les combustibles ligneux à plus de 90% ; viennent ensuite les produits pétroliers et l’électricité. La consommation en énergies renouvelables demeure encore très faible.
Dans le domaine du sport, la Région de Tahoua compte 38 ligues toutes actives dont 3 des déficients physiques, auditifs et visuels, comportant plusieurs disciplines sportives notamment athlétisme, basket-ball, football, gymnastique, Karaté, Kung-fu, lutte traditionnelle, pétanque, sport scolaire, volley-ball, boxe, triathlon handball, judo, etc. Toutes ces ligues représentent la région dans les différentes compétitions du championnat et organisent également à leur sein des tournois inter-clubs ou inter-régions.
Sur le plan culturel, la Région de Tahoua a un patrimoine culturel riche et varié à cause de ses trois composantes, notamment le Gobir, l’Adar et l’Azawak. En plus, chaque composante a sa propre célébrité. C’est ainsi qu’on trouve le « duma » (tambour des agriculteurs) au Gobir, les invulnérables (Yan Tauri) au Palais Royal de Birnin Konni, à Dibissou (Konni), on a la cantatrice Zara Dibissou, qui a fait son épopée.
En plus à Massalata et Da Garka, on a les Azna (animistes), qui pratiquent Arwa (rituel permettant d’interroger la terre sur ce qui va se passer l’année prochaine) et Budin Dadji (ouverture de la chasse) ou la géomancie. Les Azna jouent un rôle extraordinaire dans la société.
Toujours dans le Gobir, à Madaoua, on trouve le bori et la fête annuelle des éleveurs peulh de Bangui ou Hotungo, une rencontre des éleveurs peulh pour annoncer leur retour de la transhumance. Tandis qu’à Galmi, on découvre le célèbre chanteur des lutteurs Sagalo et l’humoriste Rogazo (aujourd’hui décédés), à Malbaza on retrouve la célèbre chanteuse Zabaya Houssei, tous ont fait la gloire du patrimoine culturel du Gobir.
Au centre, on trouve l’Adar avec Illéla, Bagaroua, Keita, Bouza, Tahoua Ville, Tahoua Département avec leurs célébrités, qui sont les Gardawa (danseurs traditionnels invulnérables), les Wanzams (coiffeurs traditionnels), feu Dan Gourmou, les bouchers, le conteur Albarka Tchibaou, etc. A Keita et Tamaské, on trouve également le bori et à Garhanga, il y a les chasseurs traditionnels (Mahalba).
Au niveau de l’Azawak (Abalak, Tchintabaraden, Tillia et Tassara), on y trouve le Tendé et l’Emzad également connu sous le nom d’Emzid, qui est un instrument musical emblématique du peuple touareg, joué par les femmes depuis des millénaires lors des diverses cérémonies et fêtes.
On notait également certaines fêtes propres à l’Adar, qui se pratiquent à Tahoua Ville et Kolloma Babba, dont « le koran bori », un rituel organisé pour chasser les mauvais génies. Une autre pratique sociale qui se fait dans l’Adar, c’est le Magorantchi, qui est une pratique des guérisseurs traditionnels ambulants pour promouvoir leur science.
Les chevaux et les chameaux constituent un trésor inestimable pour le patrimoine culturel de l’Adar, par exemple Sarkin Adar et Sarkin Garhanga voyageaient à dos d’âne avec leurs chevaux harnachés.
Cependant, « on remarque un profond changement dans les coutumes, surtout avec la modernité hybride actuelle, le mariage chez les adarawa d’antan est diffèrent de celui de maintenant », a déploré l’orateur Abarchi Assoumane, qui souligne en outre que « les repas ne sont plus ce qu’on a connu avant, avec l’introduction du cube Maggi et de l’huile de palme en lieu et place du beurre et du soumbala ».
Les nattes Dan Madaoua, la poterie (les canaris, les jarres, les gargoulettes) etc. sont en train de disparaître petit à petit, d’où cet appel lancé à l’endroit des autorités pour la réhabilitation des écuries des chevaux chez les chefs traditionnels et la revalorisation de la culture à travers l’organisation des concours.

TSA/KPM/ANP-118 Décembre 2025








