Par Salima Adamou stagiaire ANP Diffa
Diffa, 11 juil 2026 (ANP) – En parcourant plusieurs marchés de la ville de Diffa, une équipe du bureau régional de l’ANP a constaté une forte présence de femmes et de jeunes filles derrière les étals d’oignons.
Réfugiées ou déplacées internes, elles ont trouvé dans cette activité commerciale un moyen de subvenir aux besoins de leurs familles et de reconstruire progressivement leur vie après les épreuves causées par l’insécurité dans le bassin du Lac Tchad.
Dans les marchés de Diffa, les tasses d’oignons soigneusement alignées témoignent d’une activité économique dynamique. Mais derrière chaque vendeuse se cache souvent une histoire marquée par l’exil, la perte de repères et la volonté de repartir de zéro.

Depuis plus d’une décennie, la région de Diffa accueille des milliers de personnes contraintes de fuir leurs localités à la suite des violences perpétrées par le groupe terroriste Boko Haram et ses ramifications dans le bassin du Lac Tchad. Ces attaques, qui ont touché aussi bien le Niger que le Nigeria, le Tchad et le Cameroun, ont provoqué d’importants mouvements de populations vers des zones plus sûres.
Face à cette situation, les populations de Diffa ont fait preuve d’une remarquable solidarité en ouvrant leurs portes aux réfugiés et aux déplacés. Dans plusieurs communes de la région, ces familles ont été accueillies, hébergées et progressivement intégrées à la vie économique locale. Beaucoup se sont orientées vers le petit commerce, la transformation agroalimentaire, les activités génératrices de revenus ou encore la vente de produits agricoles tels que l’oignon.
Selon les données du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), la région de Diffa comptait plus de 314 000 personnes relevant de sa compétence en juin 2025, dont environ 125 768 réfugiés et demandeurs d’asile ainsi que 151 183 personnes déplacées internes.
En novembre 2025, ce chiffre demeurait supérieur à 307 000 personnes, confirmant que Diffa reste l’une des principales zones d’accueil des populations affectées par les crises sécuritaires dans le bassin du Lac Tchad.

Parmi ces personnes figure Atcha Fanta, âgée de 17 ans. Réfugiée originaire de Toumour (Département de Bosso) et installée aujourd’hui à Awaridi (Périphérie ville de Diffa) , elle fréquentait autrefois l’école avant que la crise sécuritaire ne bouleverse son parcours.
« Une tasse d’oignons coûte 1 200 francs CFA. Lorsque je prends un sac de 50 kilos, je peux le vendre dans la journée ou en deux ou trois jours selon l’affluence des clients », explique-t-elle.
Depuis cinq ans, elle contribue ainsi aux dépenses familiales pendant que ses frères travaillent dans les champs.
À quelques mètres de là, Yagana Boukar, 15 ans, réfugiée d’Abadam, vend également des oignons depuis un an.
« Les sacs coûtent entre 23 000 et 25 000 nairas. Avec ce que je gagne, j’achète du riz avant de rentrer à la maison », confie-t-elle.
Pour ces adolescentes, le commerce constitue bien plus qu’une simple activité économique. Il représente une réponse concrète aux difficultés du quotidien et une opportunité de participer à la survie de leurs familles.
Pour les femmes devenues cheffes de ménage, cette activité est souvent la principale source de revenus.
Veuve et mère de cinq enfants, Fanta Kourou a perdu son mari lors d’une attaque terroriste. Avec Fanna Kaou, également mère de cinq enfants, elle s’approvisionne auprès d’un fournisseur qui leur accorde des sacs d’oignons à crédit.
« Nous remboursons d’abord le capital, puis nous partageons le bénéfice pour nourrir nos enfants », raconte Fanda Kourou.
De son côté, Fanna, réfugiée d’Abadam et installée à Awaridi depuis plusieurs années, explique assurer seule les dépenses alimentaires de sa famille.
« Mes parents restent à la maison. C’est moi qui vends les oignons et qui achète le riz pour toute la famille », indique-t-elle.
Au-delà de leur rôle de commerçantes, ces femmes participent activement à la valorisation des productions agricoles locales. Elles assurent le lien entre les producteurs ruraux et les consommateurs urbains, contribuant ainsi à la circulation des produits agricoles et à la vitalité économique des marchés de Diffa.
Leur présence illustre également la réussite progressive de l’intégration économique de nombreuses familles réfugiées et déplacées grâce à l’accueil des communautés hôtes. En leur offrant un cadre de vie relativement stable et des possibilités d’activités génératrices de revenus, les populations de Diffa ont permis à des milliers de personnes affectées par les conflits de retrouver une certaine autonomie.
Au fil des marchés visités par l’équipe de l’ANP, un constat s’impose : malgré les épreuves liées aux déplacements forcés, les femmes réfugiées et déplacées continuent de faire preuve d’un courage exemplaire.
À travers le commerce de l’oignon, mais aussi d’autres petits métiers exercés dans les marchés et quartiers de la ville, elles démontrent que l’activité économique peut devenir un puissant facteur de résilience, d’autonomisation et de cohésion sociale.
À Diffa, derrière chaque étal d’oignons se dessine ainsi une histoire de reconstruction, rendue possible par la détermination de ces femmes et par l’hospitalité des communautés qui les ont accueillies.
SAAM/AOM/SML/Juillet 2026









